L'île aux Menteurs - Genèse

Après avoir créé en 1996 L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde d'après le roman éponyme évoquant la dualité de l'homme et le problème du libre arbitre, puis en 2000 Le Secret des Livingson puisant son inspiration dans le Frankenstein de Shelley pour parler du clonage, et enfin en 2003 L'Île du Dr Mario parodiant Welles pour poser la question du droit à la différence, nous avons regroupé ces spectacles, semblables dans leur forme (théâtre masqué, décor sobre, littérature fantastique) sous l'appellation : "La Trilogie des Savants Fous".

Notre souhait pour notre nouvelle création était de revenir à une comédie à la fois légère, épique, spectaculaire. Que la dramaturgie ait valeur de conte initiatique, avec une thématique plus évidente pour le tout jeune public (à partir de 6 ans donc), la "Trilogie" n'étant visible qu'à partir de huit ans.

La relecture de L'île au trésor nous a fait rebondir sur Les clients du Bon Chien Jaune, puis Moby Dick, Moonfleet, Jeunesse... tous ces romans où la mer offre à la fois un voyage initiatique et une aventure spectaculaire menée par un panthéon de personnages pittoresques et indéniablement créés pour le théâtre.

Chipée au hasard de nos relectures de Jules Verne, l'anecdote racontant que l'auteur s'était engagé comme mousse en 1839 à l'âge de 11 ans sur un bateau nantais en partance pour les Indes, puis récupéré in extremis à Paimboeuf par son père, auquel il jura de ne plus voyager, dès lors, que dans l'imaginaire, fut le premier déclic de notre ressort dramatique.

Thème commun à tous nos auteurs, le jeune héros s'embarquant en quête de découvertes fabuleuses.

Puis Jules Verne avoua finalement dans ses "Souvenirs d'Enfance et de Jeunesse" que tout ceci n'était qu'une légende familiale, qu'il s'était contenté de grimper sur un voilier et de jouer avec le gouvernail en l'absence du gardien. Mais il était trop tard, la légende l'avait emporté sur la vérité. Le mensonge faisait office de réalité, la réalité étant bien moins alléchante, comme l'anecdote du cadavre décapité de Barbe Noire nageant deux fois autour de son navire avant de couler définitivement, fait rapporté par une dizaine de témoins oculaires dignes de foi !

C'en était trouvé de notre thématique, le mensonge plus fort que la vérité dès lors qu'il la transcende. Comme disait Victor Hugo "On peut violer l'histoire à condition de lui faire de beaux enfants." Il allait en être ainsi de notre spectacle, reprenant à son compte faits historiques et légendes, documentaires et romans, témoignages et affabulations, nous allions les faire se chevaucher en une folle sarabande qui trouverait tout son essor sur un plateau de théâtre, où les artistes passent leur temps à mentir vrai.

Rendant au théâtre ce qui lui appartient, l'illusion, le sublime jeu de dupes où le spectateur ne demande pas mieux qu'être berné par les artifices des artistes. Et dans notre histoire de course au trésor, il s'avère, qu'effectivement, le véritable trésor est cette complicité acteur/spectateur épris de légende et de dramaturgie.