Le Film du dimanche soir - Note d’intention

Pourquoi ?

A ses débuts, le cinéma n’était qu’une attraction foraine, où le public se pressait en famille les dimanches et jours de fêtes.

Devant l’engouement pour ce nouveau mode d’expression, l’industrie s’en empare. Melies, Pathé, Gaumont deviennent les principaux fournisseurs des forains.

Ils participent à son essor bien avant que cet «art mineur de divertissement, rejeton illégitime du théâtre. » ne devienne le Septième Art.

Consécration obtenue avec la réalisation du film de Griffith : « Birth of a nation » en 1915.

En vingt années à peine, le cinéma s’impose comme une des formes de spectacle les plus populaires.

Peintres, poètes, écrivains, clowns, comédiens… s’essaient à cette nouvelle écriture dramaturgique.

On invente un nouveau vocabulaire : le plan, serré, large, gros, fixe, américain… Une nouvelle syntaxe : la contre-plongée, le travelling, le panoramique… Et une nouvelle grammaire : le montage.

L’auteur devient scénariste, et le metteur en scène, réalisateur.

Puis les progrès techniques et industriels vident les baraques foraines plus sûrement que l’incendie du Bazar de la Charité. Et le cinématographe s’installe dans des salles prévues à cet effet.

Les familles s’y rendent désormais pour le feuilleton hebdomadaire, généralement projeté le mercredi soir. Cette tradition perdure pendant quelques décennies.

Mais la technologie ne connaît pas de limites. Le grand écran s’invite bientôt à domicile, en format réduit, certes, mais directement dans le cadre familial. La télévision est née, et bientôt, l’ORTF.

C’est alors le dimanche soir, devant l’unique film de la semaine, que la réunion de famille se pratique. Western, péplum, polar, film de cape et d’épée, de guerre, de flibustiers, d’aventures exotiques, comédies burlesque, fantastique ou de science-fiction se succèdent avec le même succès, l’audience grandit au fur et à mesure que les foyers s’équipent en téléviseurs.

Charlot, Tarzan, Pardaillan, King Kong, Hercule, Zorro, Lagardère, Angélique, Maciste, Fantomas, Don Camillo, Spartacus, James Bond, Mabuse, Robin des Bois, Ben-Hur, Ivanhoé, Fanfan la Tulipe, Billy the Kid, Cléopatre, Barbe-Noire, Sherlock Holmes, Buffalo Bill, Maigret, Rouletabille, Long John Silver, les Cheyennes, les Gabonis, les Martiens, les Pirates, les Vikings, les Branquignols, les Espions Russes, les Nazis, les Morts-Vivants, les GI’s, les Apaches, les Cro-Magnons, les Frères Marx, les Sioux, le dernier des Mohicans, la Bande à Bonnot, Jekyll et Hyde, Jerry et Love, Laurel et Hardy, Marius et Fanny, Néron et Agrippine, Roméo et Juliette…

Un panthéon de fiction habite l’imaginaire du public et remplit les conversations du lundi matin, à l’école, au bureau, à l’usine, dans les rues et dans les champs.

En 1953, c’est première retransmission de « La séquence du Spectateur », émission programmée jusqu'en 1989, chaque dimanche vers midi. Elle présente des extraits de films demandés par le public. Arrivent en tête des demandes : Les Enfants du Paradis, Les Visiteurs du Soir et… Fanfan la Tulipe.

Cependant, rien n’arrête la technologie, bientôt le nombre de chaînes se multiplie à vive allure.

En complément du film du dimanche soir, apparaît un ciné-club le dimanche à minuit, et quelques émissions traitant du cinéma, réalisées par des exégètes de renom.

Et la technologie progresse encore et toujours. Le magnétoscope offre une cinémathèque à domicile, et enfin, le DVD, truffé de bonus enterre bientôt toutes ces émissions.

Parallèlement, le libéralisme progresse également, les chaînes deviennent privées, leur nombre augmente à l’infini, le film populaire du dimanche soir disparaît petit à petit pour laisser place à des productions dont les finalités artistiques sont des plus minces, puisque leur but principal est d’être sectionné en trois ou quatre séquences afin d’y intercaler de longues plages de publicité. Et, de plus, pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Ces films ont donc pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages.

Car comme le proclame le PDG de TF1 : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. »

De la dramaturgie, nous passons à l’anesthésie.

Nous sommes bien loin des féeries de Mélies, de la poésie de Chaplin, du charme désuet de Tarzan, ou du lyrisme des Enfants du Paradis.

C’est pourquoi aujourd’hui, la Famille Annibal, consciente de sa mission, qui est d’apporter la Culture Populaire dans les territoires qui en sont privés, installe à nouveau sa baraque foraine afin de rendre aux spectateurs Le Film du Dimanche Soir.