Le Film du dimanche soir - Démarche

La famille Annibal poursuit son travail de recherche sur la représentation artistique dans l’espace public, et plus particulièrement dans l’espace du public.

A travers le théâtre forain, la relation acteur/spectateur est au coeur même de ce travail, en ayant bien conscience que cette relation trouve pleinement son sens dans l’espace même du public, soit la rue.

Le théâtre forain s’appuie sur une dramaturgie en trois actes sans cesse énoncée par le bonimenteur. Les trois actes se résumant en trois phases décortiquées pour le spectateur : l’annonce de ce qui va être joué, la représentation de l’annonce, la vérification auprès du spectateur que ce qui a été annoncé a été tenu.

Le but du jeu étant, non seulement de tenir ses engagements ; et le bonimenteur n’est pas le dernier à en rajouter dans la démesure des promesses ; mais de surprendre et proposer des résolutions que le spectateur est loin d’imaginer. Plus le « paiement » est inattendu, et plus le public jubile.

Ce processus invite le spectateur sur le plateau à participer à l’écriture du spectacle.

Cet art ne se révèle pas facile dès lors que le pari est de tenir des centaines de spectateurs, debout pour la plupart, plus d’une heure durant, avec une seule question dramatique pour les tenir en haleine.

En 2001, c’est au travers du spectacle « La Bête » ; spectacle monté comme un match de catch forain au cours duquel un spectateur (en réalité, un acteur) affrontait une bête de scène lors d’une joute théâtrale ; que nous explorions la place de chacun, acteur et spectateur, dans le cadre de la représentation théâtrale ; posant de façon concrète, audible, visible, explicite, les questions de la dramaturgie. Questions jouées par les acteurs et ouvertes au jeu des spectateurs.

De façon tonitruante, le phénomène de l’empathie, l’excitation de « la crainte et de la pitié », l’ironie dramatique, sautaient aux yeux des spectateurs, car ils étaient, eux-mêmes, invités à interpréter l’un des personnages essentiels du spectacle, un personnage clé pour le bon fonctionnement de la dramaturgie : le spectateur !

Gageure pour le moins compliquée à faire fonctionner dans une salle dédiée à la représentation où le spectateur est le plus souvent relégué à la place de voyeur, et le plus souvent, non pas d’un spectacle, mais du travail d’un metteur en scène.

En 2006, réalités sociale et politique du moment obligent, c’est à travers le spectacle « Misérables ! » d’après Victor Hugo, que nous réinterrogions les spectateurs sur le rôle qu’ils tiennent pour mener à bien un spectacle.

La rue offre, à priori, une totale liberté d’expression au citoyen, spécialement au cours d’un spectacle. Cette liberté pourtant si simple et dont personne ne s’offusque, semble impensable dans une salle de théâtre.

C’est grâce au concours de cette liberté implicite que le spectateur compose notre adaptation des Misérables : les scènes sont vendues au libre choix des spectateurs qui les commentent en temps réel. Prenant part ainsi tant au fond qu’à la forme des propositions théâtrales de la représentation.

La distanciation permanente entre les comédiens et leurs personnages, l’adresse directe au public, l’intégration du décor urbain à la scénographie englobant acteurs et spectateurs, renchérit sur le fait de jouer dans l’espace du public. Donc de jouer pour, avec, et quelquefois contre, le public.

Le constat étant que, dans les arts du spectacle, les Arts de la Rue se placent au deuxième rang, en terme de fréquentation de public, après le cinéma qui, lui, arrive largement en tête ; il nous a paru évident que notre prochain travail devait se centrer autour du cinéma en général, du film de fiction en particulier ; afin de poursuivre notre recherche dans le cadre de la dramaturgie dans l’espace du public.

C’est ainsi que notre prochaine création de théâtre forain, et pour l’occasion, de cinéma forain aura pour thème : le film du dimanche soir.

Le cinéma populaire est-il un avatar du théâtre populaire ? Nous allons dépenser notre énergie de recherche et de construction afin d’apporter une réponse singulière à cette question.